Vendredi 19 Septembre 1919
Ma petite Emma bien aimée,
Je fais réponse à ta bien aimable lettre de mardi que je viens de recevoir qui m'a bien plaisir de te savoir toujours en bonne santé ainsi que toute la famille, quant à moi, je suis toujours de même.
Hier, je ne t'ai pas écrit comme je n'avais pas de nouvelles et pas grand chose à te dire.
Tu me dis que je fais beaucoup de métiers. Oui, en effet, mais ce n'est pas avec grand plaisir que je les fais, va, c'est plutôt pour me tirer de la garde ou des corvées, et pour être un peu moins embêté. Heureusement que j'en ai bientôt fini de tous ces trucs-là, car dans le civil, je ne m'amuserai pas à laver la vaisselle ou à raccommoder mes chaussettes. Ah non, alors, ou bien il faudrait un cas tout à fait exceptionnel.
Je suis comme toi, je pense que lorsqu'on approche de faire ses bans, cela devient plus intéressant. Espérons que notre tour viendra un jour aussi nous, puisque nous sommes au monde pour passer par là.
Pour le moment, ce qui nous intéresse le plus, c'est de nous rapprocher l'un de l'autre pour pouvoir passer quelques bons moments quand cela nous fera plaisir. Nous nous trouvons si bien près l'un de l'autre et la vie nous sera bien plus agréable que celle que nous passons en ce moment.
Dans huit jours, nous la retrouverons, cette bonne vie, et j'espère bien ne pas la quitter de sitôt.
Je ne connais pas grand chose de nouveau pour le moment;
Bien le bonjour à toute la famille et à M. et Mme Duveau.
Reçois, mon petit ange chéri, les plus sincères amitiés de ton petit ami dont le coeur est à toi pour toujours.
Mille bons baisers
Modeste.
A bientôt
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