Vendredi 18 Octobre 1918
Ma petite Emma bien aimée
Je fais réponse à ton aimable lettre de dimanche que j'ai reçue hier soir qui m'a fait bien grand plaisir d'avoir des nouvelles et de te savoir que tu vas toujours de mieux en mieux quant à moi, cela va toujours bien.
J'étais heureux quand j'ai vu que ta lettre était à l'encre. Avant de l'avoir ouverte je me suis dit sûrement que tu vas mieux et que tu devais être levée. En effet je ne me suis pas trompé. Il faut espérer que maintenant cela ira toujours de mieux en mieux et que tu seras bien rétablie dans un mois quand la perme viendra, car cela ne serait guère agréable aussi bien pour l'un comme pour l'autre. On se trouve si bien dans ces petits moments qu'on peut passer ensemble. La grippe cela règne presque partout mais plus ou moins fort.
Je ne connais pas grand chose de nouveau.
Que la guerre qui ne finit pas vite. Si les bruits que j'ai entendu ce matin que le kaiser aurait abdiqué étaient vrais, peut-être que nous ne serions pas longtemps sans qu'il y ait du changement. En tout cas, l'orgue de barbarie faisait bougrement du bruit du côté de Toul ou Verdun, sûrement qu'il y a eu quelque chose.
Vivement qu'on soit tranquille.
Bien le bonjour à toute la famille et aux petits amoureux.
Reçois, mon petit ange chéri, les plus sincères amitiés de ton petit ami qui pense sans cesse à toi.
Mille bons baisers
Modeste
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