Mardi 2 Juin 1918
Ma petite Emma bien aimée
Je m'empresse de faire réponse à ton aimable lettre de vendredi que j'ai reçue hier soir qui m'a fait bien plaisir d'avoir des nouvelles. La santé va toujours très bien et je pense que tu es de même ainsi que toute la famille.
Je t'écris ce soir mais je ne sais pas si mes lettres partiront ce soir car nous nous déplaçons encore ce soir et j'ai peur de ne pas avoir le temps d'écrire demain.
Où va-t-on, je n'en sais rien. Dans le métier militaire, il ne faut pas chercher à comprendre d'un jour à l'autre, les ordres changent. Hier, on nous dit que nous ne montions pas en ligne tout de suite, aujourd'hui, il faut partir; Enfin, il ne faut pas s'en faire pour cela. Nous verrons bien ce que l'avenir nous réserve.
C'est comme tu dis, je vais visiter presque tous les coins de la France mais je t'assure, il y en a qui sont plus agréables les uns que les autres, enfin, c'est la guerre.
Pour la nourriture, c'est pas du poulet ou du veau tous les jours, c'est plutôt de la rocaille ou du singe, enfin on se nourrit quand même avec du petit supplément que nous trouvons nous-mêmes, soit pêche ou chasse, on arrive à être à peu près bien. Mais cela ne vaut pas le civil quand même.
Enfin espérons que nous ne mènerons pas toujours une vie pareille.
Bien le bonjour à toute la famille et aux petits amoureux;
Reçois mon petit coeur chéri, les plus douces amitiés de ton petit ami qui ne t'oublie pas.
Mille bons gros baisers
Modeste.
/image%2F1364362%2F20141212%2Fob_5f77ab_img015.jpg)