Vendredi soir (certainement le 17 mai 1918 d'après le cachet de la poste aux armées)
Ma petite Emma bien aimée
Je crois que tu as eu la visite de Marthe hier soir au sujet de mon départ précipité. Je t'assure, j'en avais gros sue le coeur de ne pouvoir aller te faire mes adieux et même ma colère n'est pas encore passée. Voilà comment cela s'est passé. J'ai été à la gare ce matin et le chef m'a dit que j'aurais dû prendre le premier train et que je ne devais pas voyager par les trains militaires et comme il voyait bien ce que je voulais faire, il m'a dit que pour lui, il s'en foutait mais que je pouvais bien me faire prendre à Crré (Connerré). Vois mon embarras, je sais qu'en ce moment c'est sérieux, je ne savais comment faire.
Comme j'ai droit à ma perme régulière, je me suis dis, si par hasard je me faisais prendre, il se pourrait qu'on me la fasse sauter, il vaut mieux partir.
Pour un jour de plus et se faire supprimer dix jours, ce n'est guère le coup.Quand donc serons-nous dépêtré de cette prison-là qu'on puisse faire à sa tête. Enfin, décourageons-nous pas trop, peut-être que l'avenir nous réservera des jours plus heureux.
Le cafard n'est pas encore près de se passer, il y a où en tourner fou.
Je termine pour ce soir car j'en ai mal à la tête.
Bien des amitiés à toute la famille.
reçois mon petit ange chéri, les meilleures amitiés de ton petit ami qui ne t'oublie pas.
Mille baisers.
Heureusement que j'avais eu la bonne idée d'aller passer ma soirée avec toi mercredi soir.
Modeste
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