Dimanche 1er Juin 1919
Ma petite Emma bien aimée
Je m'empresse de faire réponse à ton aimable lettre du 29 qui m'a fait grand plaisir d'avoir des nouvelles et de te savoir en bonne santé ainsi que toute la famille, quant à moi, je suis toujours de même.
Je suis comme toi, je m'ennuie plus le dimanches et les jours de fête que les autres jours, malgré que cela dure toujours mais ces jours-là j'y pense encore plus. Je ne sais pourquoi je suis comme cela maintenant. Les idées ne sont plus les mêmes quand je pense qu'en ce moment je suis inutile où je suis, et que je pourrais être utile et plus heureux dans le civil, cela m'en donne le cafard. Vivement que ce soit fini et qu'il me renvoie, que je sois plus près de toi car je ne serai heureux que là, et j'ai bon espoir que cela ne soit pas bien bien long maintenant. Ces boches n'auront pas le culot de vouloir recommencer la guerre. Ils ont la tête dur, quand même.
Je pense toujours être auprès de toi à la fin de l'année pour toujours. Je vois que Marcel est comme moi, il a marre du service aussi, il veut tirer sa flemme; il fait bien. Et puis s'il peut avoir une convalo, c'est toujours intéressant, c'est si bon quelques jours auprès de sa bien aimée. Il faudrait qu'on puisse se trouver ensemble cette fois. S'il y est assez longtemps, cela peut se faire. Je ne connais pas grand nouveau pour le moment. Peut-être ce soir j'irai au cinéma pour passer un moment.
Bien le bonjour à toute la famille et aux petits coeurs.
Reçois, mon petit ange chéri, les plus sincères amitiés de ton petit ami qui pense sans cesse à toi.
Mille bons baisers
Bonsoir et bons rêves
Vivement la perme
Modeste
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