Samedi 21 Juin 1919
Ma petite Emma bien aimée
Je fais réponse à tes deux bien aimables cartes-lettres du 16 et 17 que je viens de recevoir qui m'ont fait bien plaisir d'avoir des nouvelles et de te savoir en bonne santé, quant à moi, je suis toujours de même.
Je ne connais pas grand chose de nouveau pour le moment. Je laguis d'être à ces premiers jours pour savoir comment cela va se passer pour cette paix. J'ai bon espoir que cela ira bien, mais tu sais, je crois qu'il y en a qui ne doivent pas dormir bien tranquille ces nuits-ci. Que cela aille bien, que je puisse bientôt aller en perme, nous la trouverons si bonne, celle-là, depuis le temps que nous l'attendons. Et j'ai bon espoir que ce sera la dernière, et qu'à la fin de l'année, je serais près de toi pour toujours. Car il n'y a que là que je me sentirais vraiment heureux.
Tu me dis que tu as peur qu'il vienne de l'orage, tu n'es pas hardie quand il tonne. Il faudrait que je sois bien près de toi et que tu sois dans mes bras. Tu y penserais peut-être moins à avoir peur.
Cela viendra, va. Prends courage, peut-être que nous aurons quelques petites émotions de temps en temps, mais ce ne sera pas l'effet du tonnerre, plutôt l'effet du bonheur.
Vivement que nous puissions arriver à ces beaux jours. Je te quitte pour ce soir en t'embrassant de tout mon coeur.
Bien le bonjour à toute la famille et aux petits coeurs.
Reçois, mon petit ange chéri, les plus sincères amitiés de ton petit ami qui pense sans cesse à toi.
Mille bons baisers et caresses
Modeste
Bonsoir, bonne nuit et bons rêves
A bientôt
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