Vendredi 20 Juin 1919
Ma petite Emma bien aimée
Je m'empresse de te faire deux mots, hier je n'ai pas eu de nouvelles, j'en attendais ce soir et puis rien. Ce sera pour demain, je l'espère. Hier soir, je ne t'ai pas écrit, je n'avais pas les idées bien en place. Je voulais attendre à aujourd'hui pour être mieux renseigné. Hier, j'avais entendu dire qu'il y avait un départ pour la Russie.
Il fallait 100 hommes, tu penses si j'avais peur d'être du nombre. Ils ont été désignés ce matin, et heureusement, je n'en suis pas. Tu peux croire que j'ai le coeur soulagé aujourd'hui. Moi qui me sens déjà trop loin de toi, alors qu'est-ce que cela aurait été, je crois bien que je serais devenu fou là-bas.
Enfin, nous n'aurons pas encore la peine de nous éloigner encore l'un de l'autre.
Et cette paix, que vont-ils faire, je ne sais pas. Je viens de voir le journal, mais ils n'ont pas l'air de vouloir mordre dans la combinaison, ces sales boches. Malgré cela, je ne cois pas qu'ils fassent grand chose, c'est plutôt pour faire des manières. Des civils me l'avaient déjà dit. Vivement que l'on sache ce qu'ils vont faire et que ce soit du bon côté, que ma perme ne soit pas reculée. Car sûrement que si les hostilités recommençaient, les permes seraient suspendues. Mais j'ai tout de même espoir que ce sera pour le mieux et que dans trois semaines, je serais peut-être à côté de toi ou pas loin toujours, c'est si bon une petite perme.
Comme nouveau, je n'en connais pas grand chose.
Je te quitte pour ce soir car les copains qui vont là-bas m'attendent pour aller faire un tour.
Bien le bonjour à toute la famille et aux petits coeurs.
Reçois, mon petit ange adoré, les plus sincères amitiés de ton petit ami qui pense sans cesse à toi.
Mille bons baisers
Modeste
Bonsoir et bons rêves
A bientôt
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