Jeudi 29 Mai 1919
Ma petite Emma bien aimée
Je fais réponse à ta bien aimable lettre de dimanche que j'ai reçue hier soir qui m'a fait grand plaisir d'avoir des nouvelles et de te savoir en bonne santé ainsi que toute la famille, quant à moi, je suis toujours de même.
Aujourd'hui, nous avons repos comme c'est fête un peu. Oh, pas pour moi car je m'embête encore plus ces jours-là que les autres. Je n'y pensais même pas que c'était fête, on est tellement abruti dans ce métier que c'est tout juste si on sait quel jour on est.
Si j'étais à la maison, va, ce ne serait pas la même chose. Je serais même content de voir arriver ces jours-là pour aller passer une bonne soirée avec toi. J'ai bon espoir que cela viendra bientôt. Depuis le temps que nous attendons ce jour, nous le méritons bien.
Je vois que tu es comme moi, tu fais attention à ce qui se dit de la démobilisation. C'est vrai, c'est celle qui nous intéresse le plus aussi.
Quelle joie ce jour-là, ce sera aussi un des plus beaux jours de ma vie.
Je ne connais pas grand chose de nouveau pour le moment.
Vivement que la perme arrive, que nous ayons un peu plus de plaisir mais je ne sais pas si je sais encore danser, enfin, on verra. Il ne faut pas que ce soit moi qui t'empêche de t'amuser.
Bien le bonjour à toute la famille et aux petits amoureux.
Reçois, mon petit ange chéri, les plus sincères amitiés de ton petit ami qui pense sans cesse à toi.
Mille bons baisers
Modeste
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